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Le métayage est très répandu dans tout le sud-ouest de la France jusqu’à la première moitié du XXe siècle. Alors qu’au Pays Basque on imagine la famille propriétaire de son domaine, héritière de la coutume du droit d’aînesse et de la transmission de la maison, le métayage existe pourtant bel et bien, même s’il est peu documenté et peu mis en lumière dans les écrits et recherches.
Vous avez donc de grandes chances de rencontrer un ancêtre métayer ou colon et aimerez sans doute en savoir un peu plus sur ce système d’exploitation agricole.

Qu’est-ce que le métayage ?

Le métayage avec sa variante appelée bail à colonage ou colonat partiaire, est une association entre deux personnes, l’un fournissant le bien et les outils, l’autre la force de travail pour une exploitation partagée.

L’origine étymologique du mot métayage vient de l’ancien français moitoiage « convention par moitié » sur la déclinaison de moitoier « partager par moitié ».

Le métayage est un bail donc un contrat dans lequel le propriétaire laisse à son locataire, le métayer, le droit de se servir de son domaine agricole, de le faire fructifier puis d’en partager la récolte avec lui. Il s’agit donc d’un bail à partage de fruit dans lequel le teneur ou métayer s’engage à exploiter la terre à condition d’en partager le fruit c’est à dire la récolte avec le propriétaire qui peut être également usufruitier du bien.

Le métayer peut payer le propriétaire avec le résultat de la vente de sa récolte alors que le colon va lui en donner une part en nature selon les conditions fixées dans le contrat. Autrement dit, en métayage les revenus sont partagés par moitié alors qu’en colonage le propriétaire perçoit une part variable.

Du latin colonus, de colere « cultiver », le colon est en féodalité une personne libre exploitant une terre appartenant à un seigneur. « La condition du colon était supérieure à celle du serf ».

Comme tous les baux ruraux, métayage et colonage sont régis par le code rural, institué en 1881 après une première tentative d’écriture dès 1808 suivant la volonté de Napoléon Ier. Le bail à colonat partiaire et le métayage sont réglementés par la loi du 18 juillet 1889.

Métayage et affermage : quelles différences ?

Métayage et affermage ont des points communs. Dans les deux cas, fermier ou métayer entretiennent soigneusement le domaine et les terres et s’attachent à faire progresser les récoltes.

Bien entendu, il existe des différences :

  • Le métayer entretient le domaine avec les ressources que lui fournit le propriétaire (semences, animaux, outils).
  • Le métayer partage les récoltes par moitié avec le propriétaire.
  • La rémunération du propriétaire est donc variable puisque proportionnelle à chaque récolte.
  • Il s’agit donc à la fois d’une location et d’une association entre propriétaire et métayer.
Paysan Basque en train de faucher, métayage et colonage
Recueil d’aquarelles de costumes basques, Bilketa, Médiathèque de Bayonne

Un contrat pour fixer les conditions

Que ce soit pour le métayage ou le colonage, le mode de partage de revenus agricoles est soigneusement détaillé par contrat écrit qui en fixe les conditions. Il est établi pour une durée déterminée, nomme précisément les parties, le métayer et le propriétaire, détaille les biens et leur nature. La durée assez longue d’exploitation pendant l’Ancien Régime a tendance à se raccourcir après la Révolution pour ne durée que d’une à trois années. Ce système annuel provoque une forte mobilité et explique que votre ancêtre métayer a bien souvent déménagé rendant les recherches généalogiques plus difficiles.

Métayer oui mais en famille

Le métayer s’engage à s’occuper « en bon père de famille » du domaine et des terres. Sa vraie force de travail est sa famille. Le couple de métayer s’emploie conjointement à faire fructifier les terres et les enfants apportent leur contribution, les fils aînés principalement.
Ils apportent en général peu d’outils aratoires, le propriétaire étant chargé de les fournir. Le métayer ou le colon peut en revanche apporter son bétail ou prendre en gasaille celui du bailleur.

Où trouver de tels contrats ?

Ces contrats se trouvent chez les notaires. Toutes les minutes notariales basques ont été numérisées et vous pourrez vous plonger dans leur lecture sur le site des archives départementales du 64 en ayant pris soin de comprendre la méthode pour retrouver un acte notarié. Pour les notaires béarnais, il faudra vous rendre à Pau en salle de lecture. Vous pourrez vous appuyer également sur les répertoires et sur les archives de l’enregistrement pour retrouver ces baux agricoles plus facilement.

Exemple d’un contrat de métayage

Dans ce bail retrouvé chez maître Bidegain, notaire à Labets en 1692, Pierre Etchaux maître adventice de la maison Archain de Gabat et d’Ilhardoy de Labets baille la maison, appartenances et dépendances d’Ilhardoy en faveur du couple Bertrand Elissague et Domenge Ahano, métayers déjà depuis de longues années (18 ans) de cette maison.
Les conditions suivantes sont fixées :

  • le bail est fixé à 10 années consécutives.
  • Il commence le jour de la Saint Martin le 11 novembre 1692 et finit le 11 novembre 1702.
  • Le couple fournira annuellement :
  • Pierre Etchaux fournira annuellement la moitié du froment et la moitié de l’avoine nécessaire à l’ensemencement.
  • Le partage se fera chaque saison dans le champ selon la coutume du pays.
Le métayage, la rentrée des jambes de maïs, Pays Basque
collection privée

D’autres engagements sont encore pris et couchés sur le papier. Nul ne pourra ainsi prétendre ne pas les connaître. Les lignes tracées par le notaire détaillent un contenu précis !

Le couple de métayers sémera chaque année six coussereaux de lin dont la semence sera fournie par Pierre. Ils pourront également cultiver six coussereaux, pas plus, de lin supplémentaire pour leur usage personnel, ainsi qu’un coussereau de fève en surplus de celles cultivées dans le jardin d’Ilhardoy.
Ils donneront la moitié du vin après chaque vendange de la vigne d’Ilhardoy.
Ils devront planter à la saison prochaine une centaine de pommiers au verger qui est au bas de la vigne et ceci à leur frais mais le propriétaire a promis d’en planter 100 autres.
ils prendront une jument avec un fruit en pied à « gasaille et demi gain » pour un capital convenu entre les deux parties.

Pour terminer :

  • ils ont un pourceau gras de 15 livres en argent
  • ils devront payer la taille ordinaire et extraordinaire
  • ils laisseront la dernière année tout le foin, paille et autre fourrage ainsi que le fumier.

Pierre Etchaux conserve quelques bénéfices particuliers comme la jouissance du grenier qui est au-dessus du chai pour y mettre sa part de récolte.
En retour il promet de tenir la maison « bien logeable » et le couple Elissague Ahano gouvernera les dits biens « en bon père de famille » selon l’expression usitée.

Le propriétaire avait passé le 6 juillet 1692 un contrat « de ferme » des mêmes biens en faveur de Bertrand Curutchet et Pierre Garatsalle, beau-père et gendre, habitant Masparraute, qu’il révoque par le présent contrat. Il préfère en effet, Bertrand Elissague et Domenge Ahano parce qu’ils ont très bien gouverné le domaine Ilhardoy par le passé et qu’ils sont « personnes de qualité ».

Comment fonctionne le colonage : exemple concret

Le propriétaire est associé à la culture. Il peut continuer à loger dans la maison avec son colon (celui-ci peut aussi habiter la borde dépendante de la maison).
Dans un contrat de 1784 rédigé chez le notaire Bidegain de Labets-Biscay, Pierre Dupon sieur propriétaire de la maison et biens Etchart de Béguios en fait bail de colonage en faveur de Saubat et Bernard d’Appeceix, père et fils. Il signifie dans le contrat, qu’il sera logé dans la maison.

Les récoltes sont partagées entre le propriétaire et le colon selon des conditions fixées préalablement.
Dans le contrat unissant Pierre Dupon et les Appeceix, les herbes mortes (le foin), le froment, le vin et le lin seront partagés à moitié, le milloc au tiers dont un pour le propriétaire.
Le bailleur a la direction générale de l’exploitation, soit pour le mode de culture, soit pour l’achat et la vente des bestiaux. Le droit de chasse et de pêche lui est réservé. Le bailleur et le preneur supportent, chacun par moitié, la perte totale ou partielle des récoltes, survenue par cas fortuit. Le métayer ou le colon a peu de droits et font l’objet d’une étroite surveillance de la part du bailleur.

Un colonat à durée variable

La durée du contrat est variable : 1 ou plusieurs années, en général 3, 6 ou 9 ans. La résiliation du bail à colonat partiaire a lieu de plein droit par la mort du preneur, ou à la suite de la destruction fortuite de la totalité des objets compris dans le bail. Elle est facultative dans les autres cas.

En l’an XII, Jean Polony cultivateur de Labastide-Villefranche, cède à titre de colonage partiaire pour une année la métairie « le Pavillon » et les terres attenantes en faveur de Jean Laharan. Le propriétaire se réserve une chambre pour logement tel qu’il le fait préciser au notaire sallahart.

Ces baux peuvent être reconduits tacitement. Ils ont pour date de départ le 1er novembre en Soule, le 11 novembre en Basse Navarre et Labourd, dates auxquelles tous les travaux agricoles sont terminés.

Voilà comment au gré de la lecture d’un acte, on aura beaucoup appris sur la personnalité de nos ancêtres, sur leur vie quotidienne, les biens et leurs activités. De quoi enrichir grandement son histoire familiale.


Sources documentaires

  • Minutes du notaire Berhabe, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, III E 2263
  • Minutes du notaire Bidegain, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, III E 1131
  • Minutes du notaire Sallahart, Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, III E 7913
  • Bacque Martine, Petites exploitations rurales en Pays basque français (1850-1900), thèse, Lyon : 2004